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MILITANTISME ET INTérêt général

Produire les débuts d’un artiste est un acte culturel, de l’ordre du militantisme et de l’intérêt général.

On parle beaucoup de "la chanson française" comme d’une vieille dame, à qui il faudrait tenir la menotte pour l’aider au passage des siècles, pour la soutenir dans sa traversée des styles. Eh bien la chanson nous remercie, mais elle se débrouille très bien ! Elle se métamorphose perpétuellement. Elle sait coller à la réalité.

Son expression est aussi variée que les contradictions de notre société. C’est un art en plein rite initiatique qui a besoin d’exposition, d’affection, de reconnaissance et d’une légitimité qu’il trouve bien sûr, dans l’ambition d’un lieu comme les trois baudets.

La chanson d’aujourd’hui est bien vivante, riche d’artistes, à la mode, branchée même. On se dispute ses grâces. On veut entrer dans sa grande descendance ! On aime nos chansons, mais il reste encore du travail, du pain sur les planches. On leur doit toujours un lieu pour l’expression, la passion, la représentation, la diffusion… Nous nous sommes tant battus pour son évolution, le temps est venu de célébrer la création, les créateurs, dans le respect de l’indépendance. La chanson est jeune, sexy, ludique, émouvante, provocante ou fascinante, à l’image de la folie et de la poésie d’artistes comme Sanseverino, -M-, Camille, Philippe Katerine, Marcel Kanche, Anaïs, Abd Al Malik, Pauline Croze et tant d’autres à découvrir...

le dévéloppement d'artistes

Le vrai développement, ne fonctionne que dans la durée. Il n’est pas restreint aux campagnes tapageuses que les médias nous assènent, en détournant la notion du talent, servi à toutes les sauces, générateur par-ci, révélateur par-là. Que personne ne s’y méprenne, être artiste n’est pas une sinécure. Ce sont des années de travail sans répit, dans l’ombre, payées en monnaie de singe.

Jacques Canetti ne s’y trompait pas. Les artistes ont besoin de temps et de confiance pour apprendre leur métier, faire corps avec leur musique, trouver leur voie, leur équipe et amplifier leur public. Il faut parfois cinq à dix ans de tournées, montées au petit bonheur la chance, pour qu’ainsi renforcés, les artistes d’aujourd’hui puissent aspirer à une reconnaissance nationale.

LIGNE ARTISTIQUE

Trop de programmateurs frileux, perfusés aux sollicitations du disque, passent à côté d’artistes en pleine émergence, les ayant mal jugés sur maquette, négligeant la dimension du spectacle et la force de la “musidiversité”. Il faut pouvoir programmer les artistes au bon moment et dès que possible leur faire gagner du temps, ne pas les reléguer sur une liste d’attente, savoir les accueillir parfois au pied levé, en prenant un maximum de risque pour leur donner leur chance.

C’est une programmation avec de multiples entrées qui permettra l’heureuse adéquation entre invitation du soir pour un coup de cœur et programmation à long terme d’artistes déjà repérés par les professionnels de l’émergence.  La chanson est active, hyper active même. Pas une semaine ne se passe sans le lancement d’un nouvel album, l’entrée d’un morceau en radio ou le démarrage d’une tournée. C’est dans les concerts que le concept de démocratie artistique se réalise. Les artistes sont là en chair et en os.

Le spectacle vivant a des vertus sociales fortes qui nous rapprochent de l’égalité et remonte le moral citoyen. Peu d’arts peuvent se targuer de rassembler autant de mixité et c’est dans les salles que la rencontre se fait. Dans un contexte très concurrentiel, tourné vers le business et avec peu de débouchés immédiats, produire les débuts d’un artiste n’est pas rentable et ne le sera jamais. C’est un acte culturel, de l’ordre du militantisme et de l’intérêt général.

JULIEN BASSOULS

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